Il est de ces voyages dont on revient transformé. Comme si, en allant à la rencontre d'un peuple ou d'un pays, d'une culture ou d'une réalité, c'est en fait avec soi-même qu'on avait rendez-vous. S'ouvrir aux autres est sans doute le plus beau cadeau qu'un être humain puisse s'offrir...

Les Honduriens ont souffert des conséquences de leur voisinage avec la guerre civile, en plus des ouragans, des glissements de terrain, de la corruption et de la force militaire de la majorité des infrastructures en place. Pendant de nombreuses années, le Honduras a été considéré comme le « porte-avion » des États-Unis et a donc été contraint de jouer un rôle périphérique dans les conflits affligeant le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala. De cette période subsiste des sentiments ambigus et partagés. Certaines femmes sont fières d'afficher un enfant blond qui « vient » d'un soldat américain, mais il faut aussi entendre les hommes prononcer le mot « gringo » (qui s'adresse directement au peuple américain) pour saisir toute la relation envie/peur/respect/amertume qui est encore bien ancrée dans le coeur des Honduriens.

Avec une population de près de 6 millions, il est estimé qu'environ 80 pourcent de la population vit actuellement dans un étât d'extrême pauvreté. Sur tout le territoire, 41 pourcent des « maisons » n'ont pas d'installations sanitaires, 38 pourcent manquent d'eau, 35 pourcent des habitants n'ont pas accès aux services de santé institutionnels. En 1994, 57 pourcent des enfants souffraient d'une forme quelconque de malnutrition, 43 pourcent des enfants de l'âge de 5 ans à 17 ans ne fréquentaient pas l'école et 300 000 enfants agés de 10 à 15 ans étaient déjà sur le marché du travail. Plus de 2 000 enfants vivent dans les rues de Tégucigalpa, la capitale. Certains n'ont que 7 ans. Presque tous ont une dépendance à la colle ou à d'autres substances de type solvant. Plusieurs recourrent au vol et à la prostitution pour survivre. Chaque année des centaines d'enfants sont abusés, torturés ou tués par les miliciens ou d'autres autorités. Certains sont assaillis par d'autres enfants de la rue.

Sur ces 2 000 enfants, 40 pourcent viennent de diverses régions du pays. Ce sont les enfants des « familles de la rue » qui sont venues trouver une « vie meilleure » à la ville. Tôt ou tard, avec plusieurs bouches à nourrir, les parents abandonnent à leur sort les enfants les moins débrouillards ou les plus difficiles. Certains tentent de partir pour le Guatemala ou le Mexique. Les plus aventureux, ou désespérés, essaient d'atteindre l'Eldorado que représente encore pour beaucoup les États-Unis.

Malgré ce lourd héritage social, politique, économique et culturel, « los hijos de Honduras » sont des gens chaleureux et expressifs, accueillants et sincères. Et ils sont comme nous; dans leur coeur et dans leurs yeux, dans leurs sourires et dans leurs espoirs, dans leurs chants et dans leurs prières...

Dans les quelques lignes qui suivent, c'est ce sentiment que j'aimerais vous faire partager; cette impression si intense de faire partie d'un monde infiniment petit où chaque être humain a sa place, ses droits et ses devoirs. Où chaque vie est semblable et précieuse; et où chacun d'entre nous est le frère de l'autre.

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